Micro-entrepreneur ou SASU : que choisir selon son chiffre d’affaires en 2026 ?

Immobilier et Entreprise

En dessous de 30 000 € de chiffre d’affaires et avec peu de frais, la micro-entreprise vous laisse presque toujours plus d’argent en poche. Entre 30 000 et 60 000 €, tout dépend de vos charges réelles. Au-delà de 60 000 €, ou dès que vos frais professionnels dépassent l’abattement forfaitaire, la SASU reprend l’avantage. Et à partir de 83 600 € de prestations de services, la question ne se pose plus : le régime micro n’est plus tenable.

Voilà la réponse courte. Le reste de cet article vous donne les chiffres 2026 à jour, les cas où cette règle ne s’applique pas, et un simulateur pour tester votre propre situation.

Attention aux articles que vous pouvez lire ailleurs

Deux données ont changé début 2026 et la plupart des comparatifs en ligne ne les ont pas intégrées.

Les plafonds du régime micro ont été relevés. Ils sont revalorisés tous les trois ans, dans la même proportion que l’évolution du barème de l’impôt sur le revenu ; le palier 2023-2025 s’est terminé, ce qui a entraîné une hausse pour la période 2026-2028. Si vous lisez encore 188 700 € et 77 700 €, la page date.

Et la flat tax a augmenté. La LFSS pour 2026 a relevé le taux de CSG de 1,4 point sur les revenus du patrimoine, de 9,2 % à 10,6 %, portant les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % et le PFU à 31,4 %. Un comparatif qui calcule encore vos dividendes à 30 % sous-estime votre imposition.

La micro-entreprise en 2026 : les chiffres exacts

 Vente / hébergementServices BICLibéral BNCLibéral Cipav
Plafond de chiffre d’affaires203 100 €83 600 €83 600 €83 600 €
Cotisations sociales12,3 %21,2 %25,6 %23,2 %
Abattement fiscal71 %50 %34 %34 %
Versement libératoire1 %1,7 %2,2 %2,2 %

Le taux BNC mérite une précision : il devait initialement passer à 26,10 % en 2026, mais le décret n° 2025-943 du 8 septembre 2025 l’a abaissé à 25,6 %. Les locations de meublés de tourisme classés bénéficient d’un taux préférentiel de 6 %.

Le principe fondamental à comprendre : vos cotisations se calculent sur le chiffre d’affaires encaissé, pas sur votre bénéfice. Si vous facturez 40 000 € et que vous en dépensez 15 000 en sous-traitance, vous cotisez quand même sur 40 000 €. Aucune charge réelle n’est déductible, l’abattement forfaitaire est censé tout couvrir.

L’ACRE change la donne la première année, mais moins qu’avant. À partir du 1er juillet 2026, le taux minoré passe de 50 % à 75 % des taux habituels : l’exonération de cotisations n’est plus que de 25 % au lieu de 50 %.

Plafond du régime et seuil de TVA sont deux choses différentes

C’est l’erreur qui coûte le plus cher. Ce sont deux seuils indépendants.

Les seuils de franchise en base de TVA restent nettement plus bas : 37 500 € (seuil de base) et 41 250 € (seuil majoré) pour les prestations de services, 85 000 € et 93 500 € pour les ventes de marchandises. Concrètement, un consultant qui dépasse 37 500 € doit facturer la TVA tout en restant micro-entrepreneur jusqu’à 83 600 €.

Et la réforme dont tout le monde a parlé ?
Le projet de seuil unique de TVA à 25 000 €, prévu par la loi de finances pour 2025, a été suspendu dès mars 2025 puis définitivement supprimé par la loi du 3 novembre 2025. Le projet à 37 500 € étudié pour 2026 a lui aussi été écarté lors des débats parlementaires. Les seuils 2026 sont donc inchangés.

Que se passe-t-il si vous dépassez le plafond ?

Rien la première année. Un dépassement ponctuel sur une seule année ne remet pas en cause le régime, qui continue de s’appliquer l’année suivante. C’est le dépassement répété sur deux années civiles consécutives qui conduit à l’application de plein droit d’un régime réel, au 1er janvier suivant. Vous avez donc environ dix-huit mois pour organiser votre sortie.

La SASU en 2026 : ce que vous payez réellement

La SASU n’a aucun plafond de chiffre d’affaires. En contrepartie, elle a un coût fixe que la micro n’a pas.

À la création, comptez autour de 200 à 250 € de frais incompressibles : l’annonce légale coûte 142 € dans la majorité des départements (167 € à La Réunion et Mayotte) en 2026, auxquels s’ajoutent l’immatriculation au RCS (environ 34 €) et la déclaration des bénéficiaires effectifs (environ 19 €). Si vous passez par un professionnel, comptez 1 000 à 2 000 € chez un expert-comptable, un avocat ou un notaire, contre 100 à 300 € via une plateforme juridique en ligne.

Chaque année, la comptabilité devient le vrai poste. Une SASU doit tenir une comptabilité commerciale complète, établir des comptes annuels et les déposer au greffe. Budgétez 1 000 à 2 500 € d’expert-comptable, auxquels s’ajoutent la CFE, le compte bancaire professionnel et l’assurance responsabilité civile professionnelle. C’est un point qu’on sous-estime souvent, au même titre que l’assurance professionnelle obligatoire dans certains métiers, qui pèse aussi sur le budget annuel d’un indépendant.

Sur votre rémunération, le président de SASU est assimilé salarié. Les cotisations se répartissent en part salariale d’environ 21 % et patronale de 40 à 45 %, le coût total approchant 65 % du brut, soit environ 80 à 82 % du net. Autrement dit, pour vous verser 1 000 € nets, la société débourse environ 1 820 €.

Sur les bénéfices, la SASU est soumise à l’impôt sur les sociétés : taux normal de 25 % et, sous conditions, taux réduit de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice.

Sur les dividendes, c’est le PFU à 31,4 %. Point important, souvent mal compris : la règle qui soumet à cotisations la fraction de dividendes dépassant 10 % du capital social vise le gérant majoritaire de SARL et le dirigeant d’EURL, jamais le président de SASU. C’est l’avantage structurel de la SASU sur l’EURL.

Le comparatif, critère par critère

CritèreMicro-entrepreneurSASU
Plafond de chiffre d’affaires203 100 € ou 83 600 €Aucun
Base de calcul des cotisationsChiffre d’affaires encaisséRémunération versée
Charges réelles déductiblesNonOui
ComptabilitéLivre des recettesComptabilité complète et dépôt des comptes
Coût de créationGratuit200 à 250 € minimum
Coût annuel de gestion0 à 400 €1 200 à 3 000 €
Protection socialeSécurité sociale des indépendantsRégime général, proche d’un cadre
Assurance chômageNonNon (mandataire social)
Patrimoine personnelProtégé depuis 2022Protégé
Si le chiffre d’affaires tombe à zéroAucune cotisation dueFrais fixes toujours dus
Crédibilité bancaire et grands comptesMoyenneÉlevée
Ouverture à des associésNonOui, transformation en SAS

Testez votre situation

Le tableau ci-dessus ne décide pas à votre place, parce que le résultat dépend de trois variables qui vous sont propres : votre chiffre d’affaires, vos charges réelles, et votre tranche d’imposition. Le simulateur ci-dessous calcule les trois scénarios en parallèle.

Combien vous reste-t-il vraiment, micro ou SASU ?

Barèmes 2026. Le calcul se fait dans votre navigateur, rien n’est envoyé ni enregistré.

45 000 €

Micro-entreprise

Cotisations sur le CA, charges réelles non déductibles.

    SASU, tout en salaire

    Protection sociale maximale, trimestres de retraite pleins.

      SASU, salaire minimal + dividendes

      7 500 € de brut pour valider 4 trimestres, le reste en dividendes.

        Estimation indicative destinée à situer un ordre de grandeur, pas un calcul fiscal opposable. Hypothèses retenues : cotisations patronales 45 % et salariales 22 % du brut, abattement de 10 % sur le salaire imposable, IS à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice puis 25 %, PFU à 31,4 % sur les dividendes, comptabilité SASU 1 500 €/an, CFE 250 €/an dans les deux cas. Impôt sur le revenu approché par votre tranche marginale, sans décote, quotient familial ni crédits d’impôt. L’ACRE, le versement libératoire et la réserve légale ne sont pas intégrés. Un expert-comptable reste indispensable avant de décider.

        À partir de quel chiffre d’affaires basculer ?

        Voici les ordres de grandeur, pour une activité de prestation de services libérale avec des charges modérées.

        Jusqu’à 30 000 € : la micro gagne presque toujours

        Les frais fixes d’une SASU (1 500 € de comptabilité, la CFE, la banque professionnelle) représentent 5 % de votre chiffre d’affaires. Aucune optimisation fiscale ne compense ça à ce niveau. Restez en micro.

        De 30 000 à 45 000 € : la bascule se joue sur les charges

        Le chiffre d’affaires ne décide plus rien, ce sont vos frais qui tranchent. Règle simple : si vos charges professionnelles réelles dépassent l’abattement forfaitaire de votre catégorie (34 % en BNC, 50 % en BIC services, 71 % en vente), vous payez de l’impôt sur un revenu que vous n’avez jamais touché. C’est le signal.

        De 45 000 à 83 600 € : la SASU prend l’avantage

        À ce niveau, l’arbitrage salaire/dividendes devient rentable malgré la hausse du PFU. La règle empirique retenue par les experts-comptables : viser une rémunération couvrant les besoins courants et plafonnée au niveau de la tranche à 30 %, puis distribuer le solde en dividendes. Attention, vous êtes de toute façon redevable de la TVA depuis 37 500 €.

        Au-delà de 83 600 € : la question est réglée

        Deux années consécutives au-dessus et vous sortez du régime micro d’office. Organisez la transition pendant que vous la maîtrisez encore.

        Cinq situations où la SASU gagne même à faible chiffre d’affaires

        1. Vos charges sont lourdes. Matériel, sous-traitance, local, déplacements : au-delà de l’abattement, la micro vous taxe sur du vide.
        2. Vous cumulez avec un salaire et vous êtes dans une tranche élevée. En micro, votre bénéfice forfaitaire s’ajoute à vos autres revenus et part directement dans votre tranche marginale. En SASU, vous pouvez laisser le résultat dans la société et ne rien vous verser cette année.
        3. Vous voulez laisser de la trésorerie dans l’entreprise pour investir. Impossible en micro, où tout ce que vous encaissez est immédiatement imposé à titre personnel.
        4. Vos clients sont des grands comptes ou des marchés publics. Certains donneurs d’ordre écartent purement et simplement les micro-entrepreneurs, pour des raisons de risque de requalification.
        5. Vous prévoyez d’accueillir un associé ou de lever des fonds. La SASU se transforme en SAS sans rupture. La micro, non.

        Trois situations où la micro reste gagnante même avec un chiffre d’affaires élevé

        1. Activité de vente avec un abattement de 71 %. Le plafond est à 203 100 € et l’abattement est très généreux. Beaucoup de e-commerçants ont intérêt à rester en micro bien plus longtemps qu’ils ne le croient.
        2. Vous avez très peu de frais et vous consommez tout votre revenu. Un consultant sans bureau ni matériel lourd à 55 000 € de chiffre d’affaires a souvent un net comparable, pour une charge administrative dix fois moindre.
        3. Activité secondaire ou en test. Tant que le projet n’est pas validé, payer 1 500 € de comptabilité par an pour une activité à 12 000 € n’a aucun sens.

        La protection sociale : ce que vous gagnez, ce que vous perdez

        C’est le critère le plus souvent réduit à une ligne de tableau, alors qu’il pèse lourd sur vingt ans.

        Le président de SASU rémunéré relève du régime général, avec une couverture proche de celle d’un cadre : maladie, maternité, indemnités journalières, retraite de base et complémentaire, prévoyance. Le principal inconvénient est le coût élevé des charges sociales, et la seule exception à cette couverture est l’assurance chômage, à laquelle les mandataires sociaux ne cotisent pas.

        Le micro-entrepreneur cotise moins, donc acquiert moins. Ses indemnités journalières sont calculées sur un revenu forfaitaire souvent faible, et la validation de trimestres de retraite exige un chiffre d’affaires minimum.

        Le piège absolu
        Un président de SASU qui ne se verse aucune rémunération ne cotise rien et n’acquiert aucun droit. Pas de trimestre validé, pas de couverture maladie au titre de l’activité. Beaucoup de créateurs se versent uniquement des dividendes la première année sans mesurer qu’ils viennent de perdre quatre trimestres de retraite. Si vous optez pour la SASU, prévoyez au minimum une rémunération suffisante pour valider vos quatre trimestres.

        Comment passer de micro-entreprise à SASU ?

        Première chose à savoir : juridiquement, vous ne transformez pas une micro-entreprise en SASU. La micro-entreprise reste une entreprise individuelle. Vous créez une société et vous lui transférez votre activité.

        Les étapes, dans l’ordre :

        1. Rédiger les statuts de la SASU et déposer le capital social sur un compte bloqué.
        2. Publier l’avis de constitution dans un journal d’annonces légales.
        3. Immatriculer la société via le guichet unique de l’INPI et récupérer le Kbis.
        4. Transférer l’activité : cession ou apport du fonds de commerce, de la clientèle, du matériel. C’est l’étape la plus délicate fiscalement, ne l’improvisez pas.
        5. Informer vos clients et basculer la facturation sur la nouvelle entité.
        6. Cesser la micro-entreprise et effectuer les déclarations de fin d’activité.

        Pour la partie purement administrative de l’immatriculation, notre guide sur la création d’entreprise en ligne détaille la démarche pas à pas.

        Comptez deux à quatre semaines. Le meilleur moment pour basculer est le 1er janvier, pour éviter de gérer deux régimes sur un même exercice fiscal.

        Les erreurs qui coûtent cher

        Choisir la SASU pour « faire sérieux ». À 20 000 € de chiffre d’affaires, vous payez 1 500 € de comptabilité pour un gain d’image. C’est votre site, vos références et vos factures qui font sérieux, pas votre forme juridique.

        Oublier que les dividendes arrivent tard. Vous ne pouvez les distribuer qu’après l’approbation des comptes, soit souvent plus d’un an après le démarrage. Il faut vivre entre-temps.

        Comparer 40 000 € de salaire avec 40 000 € de dividendes. Le calcul doit intégrer les cotisations, l’impôt sur les sociétés économisé grâce à la charge déductible et l’impôt personnel, sinon la décision est faussée.

        Confondre plafond micro et seuil de TVA. On y revient, mais c’est la cause numéro un des mauvaises surprises.

        Raisonner uniquement sur le net immédiat. Le statut qui vous laisse 2 000 € de plus cette année peut vous coûter des trimestres de retraite. C’est un arbitrage de long terme, au même titre que vos choix de placement, où l’on retrouve d’ailleurs les mêmes erreurs classiques que lorsqu’on investit son argent.

        Questions fréquentes autour de la micro-entreprise et de la SASU

        Peut-on cumuler micro-entreprise et SASU ?

        Oui, tant que les activités sont distinctes. C’est une stratégie utilisée pour isoler une activité annexe, mais elle doit être justifiée économiquement, sinon l’administration peut requalifier.

        La SASU est-elle vraiment sans plafond de chiffre d’affaires ?

        Oui. Aucun texte ne fixe de limite au-delà de laquelle vous perdriez le bénéfice du statut. En revanche, certains seuils modifient vos obligations comptables et fiscales à mesure que vous grandissez.

        Peut-on garder l’ACRE en passant en SASU ?

        Non. L’ACRE s’attache à la création d’entreprise. Créer une nouvelle structure pour prolonger l’exonération ne fonctionne pas : le dispositif ne peut pas être obtenu deux fois dans un délai de trois ans.

        Le versement libératoire est-il toujours intéressant ?

        Uniquement si votre tranche marginale dépasse le taux forfaitaire. Un foyer non imposable paie plus avec le versement libératoire que sans. Il est par ailleurs soumis à une condition de revenu fiscal de référence.

        Que se passe-t-il si je dépasse le plafond une seule année ?

        Rien d’immédiat. Vous restez au régime micro l’année suivante. C’est le second dépassement consécutif qui déclenche la sortie, au 1er janvier de l’année d’après.

        Sources : economie.gouv.fr, entreprendre.service-public.gouv.fr, URSSAF, article 50-0 du Code général des impôts, décret n° 2025-943 du 8 septembre 2025, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026).

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