Un bilan de compétences sert à transformer un doute professionnel en projet vérifié : vous analysez vos compétences, vos motivations et le marché avec un consultant, puis vous repartez avec un projet réaliste et un plan d’action écrit. Il dure 24 heures au maximum et, en 2026, le CPF le finance jusqu’à 1 600 €, avec un reste à charge minimum de 150 €.
Ce guide explique dans quels cas il est utile (et dans quels cas il ne l’est pas), comment il se déroule, ce qu’il coûte réellement depuis la réforme du CPF de 2026, et quelles informations périmées circulent encore.
Le bilan de compétences est-il utile dans votre situation ?
| Votre situation | Le bilan est-il pertinent ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Vous voulez changer de métier sans savoir lequel | Oui, c’est son usage principal | La phase d’investigation fait émerger des pistes, puis les confronte au marché |
| Vous hésitez entre deux projets précis | Oui | Il permet de tester la faisabilité de chaque option (formation, salaire, débouchés) avant d’engager du temps et de l’argent |
| Vous voulez évoluer dans votre entreprise ou viser un autre poste | Oui, souvent | Le document de synthèse aide à formaliser ce que vous savez faire et ce que vous visez |
| Vous savez déjà quel métier vous visez et quelle formation suivre | Rarement | Mieux vaut consacrer votre CPF à la formation elle-même |
| Vous cherchez seulement des informations sur les métiers et les aides | Pas en premier | Le conseil en évolution professionnelle (CEP) est gratuit et répond à ces questions |
| Vous êtes en arrêt pour épuisement ou en grande souffrance au travail | Pas tout de suite | Un bilan demande de l’énergie et du travail personnel ; il ne remplace pas un accompagnement médical ou psychologique |
| Vous avez eu un bilan financé (CPF, OPCO, France Travail…) il y a moins de 5 ans | Pas via le CPF | Une condition de carence de 5 ans s’applique depuis février 2026 |
Ce qui a changé en 2026 (et les informations périmées qui circulent)
La loi de finances pour 2026 et ses décrets d’application ont resserré le financement du bilan par le CPF. Beaucoup de pages, y compris des sites d’organismes de bilan, affichent encore des règles dépassées ou présentent comme acquises des mesures qui ne le sont pas.
Le bilan n’a pas été retiré du CPF. Le projet de loi de finances prévoyait à l’origine de l’exclure ; les parlementaires l’ont maintenu, en contrepartie d’un encadrement par décret.
Le CPF finance au maximum 1 600 € par bilan, même si votre compte contient davantage. Ce plafond, fixé par le décret n° 2026-127 du 24 février 2026, porte sur vos droits CPF : un employeur ou un autre financeur peut compléter au-delà.
La participation forfaitaire est de 150 €, pas de 100 € ni de 103,20 €. Elle était de 100 € à son instauration en mai 2024 et de 103,20 € au 1er janvier 2026, puis le décret n° 2026-234 du 30 mars 2026 l’a portée à 150 € pour toute demande faite à partir du 2 avril 2026.
Seules les heures d’accompagnement par le prestataire sont finançables. Le décret n° 2026-126 du 24 février 2026 exclut le temps de travail personnel du financement CPF. Un bilan « de 24 heures » qui comprend 10 heures de travail seul chez vous ne vaut donc pas un bilan de 24 heures d’entretiens.
La règle des 13 heures minimum n’est pas encore en vigueur. De nombreux sites l’annoncent comme acquise. Il s’agit d’un projet de décret, inscrit une première fois à l’ordre du jour de la commission nationale compétente (CNNCEFP) en février 2026 puis retiré, et présenté à nouveau le 8 juillet 2026. À la date de cette mise à jour, nous n’avons pas trouvé sa publication au Journal officiel. En pratique, un bilan sérieux dépasse de toute façon ce seuil.
La carence de 5 ans vise aussi un précédent bilan financé par le CPF. Certaines pages affirment qu’elle ne concerne qu’un bilan payé par un OPCO ou France Travail. La fiche officielle de Service-Public cite pourtant, parmi les financeurs concernés, la Caisse des dépôts et consignations, qui gère le CPF.
À quoi sert concrètement un bilan de compétences ?
Le Code du travail lui assigne un objectif précis : analyser vos compétences professionnelles et personnelles, vos aptitudes et vos motivations pour définir un projet professionnel et, le cas échéant, un projet de formation. Dans les faits, il rend quatre services.
Mettre des mots sur ce que vous savez faire. Beaucoup de salariés décrivent leur poste par leurs tâches, pas par leurs compétences. Le bilan fait l’inventaire de ce qui se transfère d’un métier à l’autre : gestion de projet, relation client, encadrement, maîtrise d’un outil.
Faire émerger des pistes, puis les trier. Le consultant s’appuie sur des entretiens, des questionnaires d’intérêts ou de personnalité et votre parcours. L’intérêt n’est pas la liste de métiers qui en sort, mais le tri qui suit.
Vérifier qu’un projet tient la route. C’est la partie la plus utile et la plus souvent bâclée : enquêtes métier auprès de professionnels, lecture des offres d’emploi, coût et durée de la formation nécessaire, niveau de salaire à l’arrivée. Un bon bilan peut conclure que tel projet n’est pas réaliste pour vous maintenant, et c’est un résultat utile.
Repartir avec un plan d’action. Le bilan se termine par un document de synthèse : vos atouts, le ou les projets retenus, les étapes pour y arriver (formation, VAE, candidature interne, création d’entreprise…).
Si votre réflexion porte surtout sur le choix d’un nouveau métier, notre article Réorientation professionnelle : quel métier faire ? donne des pistes pour préparer le bilan.
Comment se déroule un bilan de compétences ?
Le bilan suit trois phases obligatoires, définies par le Code du travail (articles R6313-4 à R6313-8). Sa durée totale ne peut pas dépasser 24 heures ; en pratique, les séances s’étalent sur deux à trois mois.
| Phase | Ce qui s’y passe | Ce que vous devez obtenir |
|---|---|---|
| Préliminaire | Analyse de votre demande, choix du format, définition du déroulé avec le consultant | Un calendrier et des objectifs écrits |
| Investigation | Analyse des compétences, des intérêts et des motivations, exploration de pistes, enquêtes métier | Un ou plusieurs projets étayés, ou des alternatives |
| Conclusion | Entretiens pour s’approprier les résultats, conditions de réussite, étapes du projet | Le document de synthèse et un plan d’action, avec la possibilité d’un entretien de suivi |
Les résultats vous appartiennent. Ils ne peuvent être communiqués à votre employeur, ni à personne d’autre, sans votre accord. Le prestataire doit détruire les documents de travail à la fin du bilan et ne conserver que le document de synthèse, pendant trois ans.
Combien coûte un bilan de compétences en 2026 ?
Les prix sont libres. Un bilan financé par le CPF coûtait en moyenne autour de 1 900 €, d’après l’exposé d’un amendement déposé à l’Assemblée nationale lors du débat budgétaire de l’automne 2025. Avec le plafond de 1 600 €, une partie des bilans laisse donc un reste à charge supérieur à la seule participation forfaitaire.
Le principe de calcul : le CPF prend en charge le prix du bilan dans la limite de vos droits et du plafond de 1 600 €, et vous payez la différence, avec un minimum de 150 € si vous n’êtes pas exonéré. Le montant exact s’affiche sur Mon Compte Formation au moment de valider l’inscription.
| Profil (salarié, non exonéré) | Prix du bilan | Droits CPF disponibles | Reste à charge estimé |
|---|---|---|---|
| Bilan court, compte bien alimenté | 1 400 € | 2 500 € | 150 € (participation minimale) |
| Bilan dans la moyenne | 1 900 € | 3 000 € | 300 € (le CPF plafonne à 1 600 €) |
| Bilan haut de gamme | 2 400 € | 4 000 € | 800 € |
| Compte peu alimenté | 1 800 € | 900 € | 900 € |
Vous n’avez pas à payer les 150 € si vous êtes demandeur d’emploi, si votre employeur abonde votre dossier, si vous utilisez des points de votre compte professionnel de prévention (C2P) ou si vous bénéficiez d’un abondement lié à un accident du travail ou à une maladie professionnelle. Votre employeur ou votre OPCO peut aussi prendre en charge cette participation à votre place.
À surveiller pour 2027 : selon Les Échos (23 septembre 2026), le projet de budget 2027 porterait la participation à 350 € pour la plupart des formations, mais la maintiendrait à 150 € pour les bilans de compétences. Rien n’est voté à ce stade.
Faut-il prévenir son employeur ?
Tout dépend de qui prend l’initiative et du moment où le bilan a lieu.
À votre initiative, hors temps de travail : vous n’avez pas à informer votre employeur. C’est le cas le plus fréquent avec le CPF, et le plus discret.
À votre initiative, en tout ou partie sur le temps de travail : vous devez demander son accord préalable. Il dispose de 30 jours calendaires pour répondre. Votre salaire est maintenu pendant les heures de bilan.
À l’initiative de l’employeur, dans le cadre du plan de développement des compétences : il ne peut pas vous l’imposer. Une convention écrite est signée entre vous, l’employeur et le prestataire ; vous avez 10 jours pour l’accepter, et un refus n’est ni une faute ni un motif de licenciement. Dans ce cadre, l’employeur paie le bilan. Il ne peut jamais le réaliser lui-même : c’est vous qui choisissez le prestataire.
Le bilan peut aussi être réalisé au début d’un congé de reclassement, en cas de projet de licenciement économique dans une entreprise d’au moins 1 000 salariés. Les agents publics et les demandeurs d’emploi y ont également accès, selon des modalités qui leur sont propres.
Comment choisir un bon prestataire ?
Pour être finançable par le CPF, le prestataire doit être certifié Qualiopi pour l’activité de bilan de compétences et référencé sur Mon Compte Formation. C’est une condition minimale, pas une garantie de qualité. Avant de vous engager, posez ces questions :
- Combien d’heures d’entretien individuel avec le consultant, et combien de travail en autonomie ?
- Le même consultant vous suit-il du début à la fin ?
- Quelle est sa formation (psychologie du travail, ressources humaines, orientation) ?
- Les enquêtes métier font-elles partie du programme, et le consultant vous aide-t-il à les organiser ?
- Un entretien de suivi est-il prévu quelques mois après la fin ?
Méfiez-vous des démarchages par téléphone ou sur les réseaux sociaux qui promettent un bilan « gratuit » avec votre CPF : la participation de 150 € est obligatoire sauf exonération, et un organisme n’a pas le droit de vous la rembourser.
Avant même de choisir, vous pouvez rencontrer gratuitement un conseiller en évolution professionnelle (CEP) : il vous aide à savoir si un bilan est la bonne étape et à monter son financement.
Et après le bilan ?
Le bilan n’est qu’un point de départ. Selon le projet retenu, la suite passe par une formation (financée par le reste de vos droits CPF, un projet de transition professionnelle ou votre employeur), une VAE, une mobilité interne ou une création d’activité. Si votre projet vous mène à vous installer à votre compte, notre comparatif micro-entreprise ou SASU selon votre chiffre d’affaires vous aidera à choisir un statut, et notre guide pour créer son entreprise en ligne détaille les démarches.
Les erreurs fréquentes
- Choisir un prestataire sur le seul critère du prix ou de la proximité, sans regarder le nombre réel d’heures d’entretien.
- Attendre du bilan qu’il désigne « le » métier idéal : il vous aide à décider, il ne décide pas à votre place.
- Négliger les enquêtes métier, alors que ce sont elles qui confrontent le projet à la réalité.
- Lancer un bilan alors que le projet est déjà clair, et consommer des droits CPF qui auraient financé la formation.
- S’inscrire sans vérifier la carence de 5 ans : si un bilan a déjà été financé (CPF, OPCO, France Travail…) dans les cinq dernières années, le dossier CPF sera refusé.
Questions sur le bilan de compétences
Combien de temps dure un bilan de compétences ?
24 heures au maximum, réparties en général sur deux à trois mois. Une durée minimale de 13 heures d’accompagnement est envisagée par un projet de décret, mais elle n’est pas encore en vigueur à la date de cette mise à jour.
Peut-on encore financer un bilan de compétences avec le CPF en 2026 ?
Oui. Le CPF prend en charge jusqu’à 1 600 € par bilan, à condition de ne pas avoir bénéficié d’un bilan financé par un organisme (CPF, OPCO, France Travail, Agefiph…) au cours des cinq dernières années. Une participation de 150 € reste à votre charge, sauf exonération.
Mon employeur saura-t-il que je fais un bilan de compétences ?
Non, si le bilan se déroule entièrement hors de votre temps de travail et qu’il est financé par votre CPF. Dans tous les cas, les résultats vous appartiennent et ne peuvent pas lui être transmis sans votre accord.
Mon employeur peut-il m’obliger à faire un bilan de compétences ?
Non. Il peut le proposer dans le cadre du plan de développement des compétences, mais votre consentement est obligatoire et votre refus ne peut pas être sanctionné.
Un demandeur d’emploi peut-il faire un bilan de compétences ?
Oui. Il peut mobiliser son CPF sans payer la participation forfaitaire de 150 €, et France Travail peut aussi proposer un accompagnement. Le plafond de 1 600 € et la carence de 5 ans s’appliquent au financement par le CPF.
Combien de fois peut-on faire un bilan de compétences ?
Aucune limite n’est fixée au nombre de bilans, mais le CPF ne finance un nouveau bilan que si aucun bilan n’a été pris en charge par un organisme financeur au cours des cinq années précédentes. Un bilan payé de votre poche reste possible à tout moment.

